Homélie du Fr. Augustin du dimanche 16 mai 2021, 7ème Dimanche de Pâques

Année B – Ac 1, 15-17.20a.20c-26 | 1 Jn 4, 11-16 | Jn 17, 11b-19

Chers frères et sœurs,

Lentement, nous nous approchons de la fin du Temps Pascal.
Pendant cinquante jours, nous avons commémoré et célébré la souffrance, la mort et la résurrection du Christ.

Nous avons célébré le fait que le Christ nous a rachetés de nos péchés.

En soi, c’est une raison suffisante pour se réjouir, mais nous avons souvent tendance à considérer l’œuvre de rédemption de Dieu comme un événement passé.

Par contre, l’œuvre de rédemption nous touche tous les jours, nous qui sommes morts et ressuscités avec le Christ par notre baptême.

En détruisant le péché sur la croix, le Christ nous a ouvert le chemin qui conduit vers le ciel.
Dieu est donc descendu du ciel pour ouvrir aux hommes une voie d’ascension [1].

Aujourd’hui nous venons de lire dans l’évangile :
Les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« pour eux je me sanctifie moi-même,
afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. » (Jn 17,19)

Peut-être connaissez-vous le chant de communion, qui s’appelle « Notre Dieu s´est fait homme pour que l’homme soit Dieu ».

C’est bien cette sanctification dont le Christ nous parle dans l’Évangile : notre appartenance à Dieu et notre conformité à Dieu.

Nous n’appartenons pas au monde (cf. Jn 17,15), mais à Dieu, comme le dit Jésus dans l’évangile .

“Le bonheur que nous choisissons pour nous-mêmes ne nous amènera jamais à la joie que suscite le fait de trouver la volonté de Dieu accomplie en nous” [2].

Il peut parfois être difficile de comprendre quelle est la volonté de Dieu pour nos vies. Parfois, nous ne sommes pas complètement libres de nous concentrer sur Lui car d’autres choses nous en détournent : notre travail, notre famille, les études, etc.

Mais notre sanctification consiste bien à faire la volonté de Dieu.

Nous le prions tous les jours : “que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel”.

C’est ainsi que nous pouvons exprimer de plus en plus en nous l’image et la ressemblance de Dieu dans lesquelles il nous a créés.

Bien sûr, on ne devient jamais vraiment Dieu. Nous restons des êtres humains, des créatures. Dieu reste notre Créateur. Et pourtant, nous pouvons grandir à sa ressemblance.

Comment ?

La deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la première lettre de saint Jean, nous donne un indice :

“Dieu est amour :
qui demeure dans l’amour demeure en Dieu,
et Dieu demeure en lui” (1 Jn 4,16).

Il semble donc que pour devenir plus semblables à Dieu, nous devons grandir dans l’amour.

Cette même lettre de saint Jean dit :
“Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu.
Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour” (1 Jn 4,7-8).

Ne craignez jamais de ne pas donner assez ! Les petits actes d’amour peuvent déjà avoir de grands effets. Peu importe la petitesse de cet amour comparé à l’amour de Dieu ! Car notre amour est fortifié et élargi par son amour, même enveloppé de son amour !

Saint Bernard fait une belle comparaison avec une goutte d’eau, mêlée à beaucoup de vin. L’eau prend son goût et sa couleur si complètement qu’elle semble ne plus exister en dehors de lui. “Ainsi pour les saints, leur amour humain sera alors ineffablement fondu hors d’eux et tout versé, pour ainsi dire, dans la volonté de Dieu” [3]. C’est ça, notre vocation !

Mais, chers frères et sœurs, l’amour chrétien n’est pas un simple sentiment, ni un simple acte. C’est une vertu. Et les vertus sont de bonnes habitudes morales. L’amour ne nous vient pas naturellement. Nous devons le pratiquer régulièrement, et nous espérons qu’avec le temps, il deviendra une partie stable de notre caractère [4].

Commençons donc “dans le présent” [5] par de petits actes qui expriment notre amour pour Dieu, pour notre prochain et pour nous-mêmes.

Parfois, c’est difficile. Il est peut-être facile d’aimer son conjoint, mais pouvons-nous p.ex. aimer nos ennemis ?

Heureusement, nous ne sommes pas obligés de le faire seuls. L’évangile d’aujourd’hui est une prière de Jésus à Dieu le Père. Nous pouvons donc compter sur l’intercession du Christ. Et à l’approche de la Pentecôte, rappelons-nous que nous sommes tous porteurs de l’Esprit Saint, dont nous avons été marqués lors de notre confirmation. Il nous donne la sagesse et ses dons de foi, d’espérance et d’amour.

Frères et sœurs, il n’y a pas de témoignage plus fort de la présence de Dieu dans le monde que l’amour chrétien. Mettons-la en pratique afin que le monde puisse voir les bonnes œuvres de Dieu et en vienne à croire en Lui. Ce ne sera pas toujours facile. Nous suivons notre chemin pas à pas, mais n’oublions pas que toute route mène à une destination.

Notre destination est, comme le dit Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui :
Que nous ayons en nous la joie du Christ,
et que nous en sommes comblés (Jn 17,13).

Amen.

________________

[1] Vladimir Lossky, ‘Rédemption et déification’, À l’image et à la ressemblance de Dieu, Paris, 1967, p. 95.
[2] S. Bernard de Clairvaux, De diligendo Deo X
[3] S. Bernard de Clairvaux, De diligendo Deo X.
[4] Cf. Richard Hughes Gibson et James Edward Beitler III, Cultivating Virtue Through Our Words : Charitable Writing, Downers Grove , 2020, p. 100.
[5] S. Augustin d’Hippone, Tractatus in Iohannis evangelium CVII.

Relire le texte de l’homélie en pdf : Homelie-7e-dimanche de-Paques-annee-B

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