Homélie Noël 2022 (Messe du jour) : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (Jn 1,5)

Is 52, 7-10
Ps 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4, 5-6
He 1, 1-6
Jn 1, 1-5.9-14

Chers frères et sœurs, chaque année, nous célébrons Noël au moment le plus sombre de l’année, lorsque les jours sont les plus courts, c’est-à-dire ici dans l’hémisphère nord. Mais il y a aussi une obscurité figurative à ce moment de l’année, qui contraste fortement avec les lumières de fête, les vœux chaleureux et la musique joyeuse. Je parle des guerres, de la faim, de la violence, des maladies.

Pourquoi le mal existe-t-il dans le monde ?

Vous ne vous attendiez peut-être pas à cette question de ma part le jour de Noël. Et pourtant, je pense qu’il est important que nous y réfléchissions. Si nous proclamons que Dieu est bon, comment se peut-il qu’il permette le mal ?

Ce n’est pas une question facile. Ce n’est pas non plus une question pour ceux qui ont peu de foi. C’est une question centrale pour notre vie chrétienne. De grands penseurs, oui, même des saints, ont réfléchi à cette question.

La réponse classique à cette question vient de saint Thomas d’Aquin : « Dieu permet le mal pour en tirer un plus grand bien »[1]. Dieu ne veut donc pas le mal en soi, mais il le permet pour en tirer un plus grand bien. Souvent, lorsque nous sommes dans la misère, que nous faisons l’expérience du mal de près, ces mots sont difficiles à croire. Nous ne voyons pas encore quel bien peut en résulter. D’habitude, on ne le voit qu’avec le recul.

Comment cela nous amène-t-il à Noël ?

Eh bien, le premier homme, Adam, a désobéi à Dieu. En soi, Dieu ne voulait pas ce péché, mais il l’a permis. Pour rétablir l’homme dans la communion de grâce avec Dieu, Dieu lui-même « s’est fait homme et a habité parmi nous » (Jn 1, 14), comme nous l’avons entendu dans l’Évangile. En bref, si Adam n’avait pas commis ce premier péché, Dieu ne se serait pas fait homme[2]. Dans la tradition, on appelle cela la « felix culpa », la « heureuse faute ». Nous chantons cet événement lors de la veillée pascale, dans l’Exsultet : « Ô heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur ! »[3]. Et je voudrais vous inviter à y réfléchir aujourd’hui aussi, à l’occasion de Noël.

Nous confessons dans le Credo que le Christ « est descendu du ciel pour nous les hommes et pour notre salut »[4].  Dieu, dans sa toute-puissance, aurait pu nous racheter d’une autre manière qu’en se faisant homme. Alors, qu’est-ce que l’Incarnation, la fête que nous célébrons aujourd’hui, ajoute à l’œuvre rédemptrice du Christ ?

Vous voyez… nous arrivons maintenant à la signification de Noël !

Premièrement[5], le Christ réunit Dieu et l’homme dans la seule personne qu’il est. Jamais Dieu n’a été aussi proche de l’homme, aussi intime avec l’homme que par l’incarnation du Christ. Il n’y a aucune autre religion où Dieu est aussi proche de l’homme. En effet, pour d’autres religions, ce point central de notre foi chrétienne est une pierre angulaire : Dieu est au-dessus de nous, les humains. Mais c’est précisément une partie du mystère que nous célébrons aujourd’hui. Et il ne s’agit pas seulement d’être proche. Il a en fait partagé notre vie humaine afin que nous, les humains, puissions partager sa vie divine. « À tous ceux qui l’ont reçu,

il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12).

Deuxièmement[6], Dieu a donné l’exemple par son incarnation. Par le péché, nous devenons étrangers à l’image et à la ressemblance de Dieu que nous portions à l’origine. Mais le Christ, qui est l’image parfaite de Dieu, nous montre comment retrouver cette ressemblance.

Troisièmement[7], ce ne serait pas l’Évangile si nous ne parvenions pas au cœur de notre vie morale chrétienne : les trois vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité. Par son incarnation, le Christ éclaire notre foi, car il révèle Dieu en langage humain et en signes humains. Par son incarnation, il renforce notre espérance, car il démontre par elle l’engagement de Dieu envers nous et son souci de notre destin. Enfin, par son incarnation, le Christ inspire notre charité, car il s’est donné pour nous et pour notre salut jusqu’au bout, jusqu’à sa mort sur la Croix. Après tout, il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15,13).

Frères et sœurs, nous nous trouvons tous dans des circonstances différentes. Certains sont heureux et reconnaissants pour toutes les bonnes choses, d’autres sont confrontés à des difficultés. Certains d’entre vous sont loin de chez eux. Quelles que soient vos circonstances, je vous invite à regarder l’enfant de Noël aujourd’hui et à vous dire : en Christ, Dieu est intimement proche de nous, il aime chacun d’entre nous, et dans les bons et les mauvais moments, c’est lui qui peut me donner la foi, l’espérance et la charité. Soyez-en encouragés. Soyez-en réconfortés. Quelle que soit votre situation, sachez que le Seigneur en tirera un plus grand bien encore.

Frères et sœurs, je vous souhaite un joyeux et saint Noël !

[1] St. Thomas d’Aquin, Somme théologique III, I, 3, ad 3.
[2] Ibid.
[3] « O felix culpa, quæ talem ac tantum méruit habére Redemptórem ! »
[4] Credo de Nicée-Constantinople.
[5] St. Thomas d’Aquin, Somme théologique III, I, 2.
[6] Ibid.
[7] Ibid.