Homélie du dimanche 4 août 2019 | 18e dimanche ordinaire

Nous avons commencé les lectures d’aujourd’hui par une partie du livre de l’Ecclésiaste, en hébreu Quohèleth. Ce livre fait partie de ce qui s’appelle « la littérature de la sagesse »,  de même que le livre des Proverbes et le livre de Ben Sirac le Sage. Ces livres tachent de nous apprendre quelque chose sur le sens de la vie et de ce que devrait être notre attitude vis-à-vis de la vie. Les livres sur la  sagesse sont plus ou moins des écrits philosophiques et ils sont aussi assez populaires hors de l’église. Il y a plusieurs phrases du livre de l’Ecclésiaste qui sont tellement connues que les gens ne savent plus qu’elles dérivent de la Bible. « Rien de nouveau sous le soleil » par exemple ainsi que « beaucoup de sagesse, beaucoup de chagrin ». Mais la phrase la plus connue du livre de l’Ecclésiaste est peut-être celle de la vanité : « Vanité des vanités, tout est vanité ». Le mot « vanité » ne doit pas être interprété comme satisfaction de soi-même, orgueilleux . Le mot hébreu « hevel » signifie en effet passager ou volatil. Le message donc de l’Ecclésiaste est que tout est passager, que tout passe rapidement.

L’auteur de l’Ecclésiaste raconte dans son livre qu’il a cherché le sens et le but de la vie. Il a taché de le trouver dans les plaisirs que la vie nous offre : nourriture et boissons, construction de palais et de jardins,  accumulation d’or et d’argent, recherche de plaisirs artistiques et recherche de plaisirs corporels. Tous ces plaisirs lui donnaient de la joie mais assez rapidement cela  commença à l’ennuyer et peu après cela lui donna même de l’aversion. La recherche de biens matériels , ainsi que la recherche du plaisir et l’évitement de la souffrance – ce que nous appelons l’hédonisme – ne peuvent pas donner d’inspiration et d’accomplissement durables dans la vie pour un homme sage. Ce sont des manières vaniteuses et inutiles de vivre la vie. Cette même conclusion se retrouve dans la parabole que Jésus nous raconte dans l’évangile. Un homme riche  a une récolte tellement abondante qu’il ne peut plus la stocker dans ses greniers. Il pourrait dire : j’ai plus qu’assez, donc je vais donner le surplus à ceux qui n’ont pas assez. Mais non, l’homme riche décide de démolir ses anciens greniers afin d’en construire des nouveaux qui seront plus grands.

Cette parabole est de tous les temps et certainement aussi de notre époque. Les riches veulent devenir toujours de plus en plus riches et ils le deviendront aussi. Tandis que les pauvres restent pauvres. Je donne quelques chiffres de l’organisation sans but lucratif Oxfam: les huit hommes les plus riches du monde possèdent autant de richesses que les 3,6 milliards des plus pauvres. Et de tout l’argent que nous gagnons ensemble dans ce monde il y en a 82% qui vont aux 1% des plus riches. Gardez-vous bien de toute âpreté au gain, dit Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui. Hélas, cet appel n’a pas atteint la plupart de notre société. Nous nous souvenons de la crise mondiale des banques, il y a quelques années. Beaucoup de banques ne pouvaient plus survivre et les gouvernements nationaux ont dû intervenir, ce qui voulait dire que les banques ont été sauvées par l’argent de tous les citoyens. Apres cette crise beaucoup de banques ont commencé à développer de nouveau les mêmes méthodes dangereuses qui ont provoqué l’ancienne crise : des bonus extraordinaires qui provoquent un comportement avide parmi leurs employés et des produits financiers compliqués qui séduisent des clients qui n’ont pas la connaissance nécessaire pour juger les risques. L’histoire se répète, pas seulement auprès des banques mais aussi dans d’autres secteurs économiques et chez les citoyens qui espèrent devenir riches par toute sorte de méthodes. Il y a bien-sûr des exceptions mais ceci est la tendance principale.

L’Ecclésiaste et Jésus nous apprennent aujourd’hui que ce comportement est mauvais et que la richesse est passagère et volatile. Nous ne nous réalisons pas souvent dans notre vie quotidienne que notre vie est courte. Courte, comme une fleur des champs, dit le psaume 102: dès que souffle le vent celle-ci n’est plus, même sa place où elle était est ignorée. Mais, dit encore le psaume, l’amour du Seigneur sur ceux qui l’aiment, est de toujours à toujours, et sa justice pour les enfants de leurs enfants. Les lectures d’aujourd’hui nous appellent désormais à changer notre regard: loin des choses égoïstes, terrestres, et fixée sur les valeurs éternelles, les valeurs du ciel. Ca nous mène àla deuxième lecture où St. Paul nous dit clairement : recherchez les réalités d’en haut. C’est là où se trouve le Christ. Il est votre vie, dit l’apôtre, et il nous appelle à renier tous les comportements rejetables: débauche, impureté, désirs mauvais, mensonges.

Que faut-il faire dans notre monde plutôt laïque avec le message qui sort des lectures d’aujourd’hui ? Le message est que nous devons nous concentrer sur l’éternité qui nous attend. Ce message risque de tomber sur le sol pierreux pour paraphraser une autre parabole de Jésus. Nous savons tous que notre monde glorifie l’argent et la gloire personnelle, tandis que la pauvreté et la volatilité de la vie sont repoussées et souvent niées. Heureusement – souvent sous la surface de notre société- se passent aussi des choses prometteuses. Rappelons-nous par exemple tous les bénévoles qui s’occupent des personnes en difficulté, dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux, à la banque alimentaire, dans le Tiers Monde. Rappelons-nous tous les dons aux buts non-lucratifs; de l’exemple de la bible où une veuve donne une petite pièce de monnaie jusqu’à  la promesse récente des 10 personnes les plus riches au monde de donner 90% de leur fortune aux buts humanitaires. Et rappelons-nous de tous ceux qui ne peuvent plus sortir afin d’aider activement les personnes et qui n’ont pas d’argent à donner mais qui prient, qui prient tous les jours. Afin que le combat spirituel entre le bien et le mal soit gagné, tous les jours de nouveau.

Je pense que notre rôle de chrétiens est de promouvoir et de soutenir des initiatives qui contribuent à tous ces développements – parfois invisibles mais néanmoins très importants et toujours salutaires. De tous les temps les chrétiens ont pris des initiatives pour diminuer  la séduction de l’argent et la gloire personnelle. En créant des possibilités à ceux qui n’ont pas les moyens nécessaires de vivre, de se former, de jouir d’une vie correcte. De tous les temps – et surtout aujourd’hui dans un monde prenant de moins en moins compte de la fin de la vie terrestre – les chrétiens et surtout notre église s’occupent d’enterrer les morts et de consoler ceux qui restent. Et de tous les temps les chrétiens ne cessent pas de prier: prier pour le monde en conflit, pour ceux qui vivent dans le besoin, pour que tout le monde reçoive la foi, pour tous ceux qui sont séduits par l’adversaire, pour tant d’autres choses.  Recherchons donc les réalités d’en haut en aidant tous ceux ici-bas, en actes en en paroles. Et nous serons, comme dit le Christ aujourd’hui dans l’évangile, nous serons riches en vue de Dieu. Il ne nous faudra rien de plus.

Amen.

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