Homélie du mercredi des Cendres, 6 mars 2019

Aujourd’hui,  nous commençons le temps de Carême comme nous le faisons chaque année. Pour le monde hors de l’église ce temps de jeûne et d’abstinence est à peine visible. Contrairement au Ramadan qui est toujours décrit en détail dans toutes les médias, nos 40 jours de moindre consommation, de moins de plaisirs extérieurs et de plus de contemplation restent en général hors de l’œil de la presse et désormais du grand public. On pourrait dire que c’est parce que les chrétiens de maintenant suivent le conseil de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, résumé en bref comme : il ne faut pas montrer que nous jeûnons. Mais c’est sans doute aussi la conséquence de la baisse du nombre des fidèles dans notre société actuelle. Quoi que cela soit, rafraichissons un peu le sens de ce Mercredi des Cendres et des 40 jours de Carême. Pour que nous soyons bien préparés pour les évènements autour de Pâques. Et aussi déjà pour le jour de notre Pâque personnelle qui nous attendra un jour.

Le texte clé de ce Mercredi des Cendres et de toute la période de Carême se trouve dans la deuxième lecture d’aujourd’hui où l’apôtre St. Paul nous dit : au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Cela, c’est le but de toute notre vie chrétienne mais surtout le but du temps de Carême. Se réconcilier avec Dieu. S’unir avec lui pour que nous sentions pénétrer en nous son amour divin et pour que nous puissions répandre cet amour sur notre prochain. L’apôtre nous dit qu’ aujourd’hui, c’est le moment favorable et c’est le jour du salut. Je ne pense pas que beaucoup de chrétiens pensent à ce Mercredi des Cendres comme un jour favorable, même un jour de salut. Et pourtant, pourtant, l’apôtre a raison, il a tout-à-fait raison. Car tout au long de l’année passée,  il y a eu dans notre vie quotidienne, des moments où nous nous sommes éloignés de Dieu, souvent sans nous en  rendre compte. Parce que la vie nous a présenté certaines opportunités, parce que nous avons tant travaillé que nous n’avons plus pris le temps de nous calmer, de nous unir à Dieu. Parce que – en termes spirituels – le diable a trouvé et a pris ses chances. Et dans cet esprit, l’apôtre peut en effet dire que le temps de Carême, commencé aujourd’hui , Mercredi des Cendres, que ce temps est un temps favorable, un temps de salut. Ce temps nous est donné pour nous réaliser ces moments d’inattention, d’éloignement. Afin que nous les corrigions, afin que nous rétablissions le lien avec notre Créateur, afin que nous restaurions en nous l’amour divin qui nous habite comme bons chrétiens. Un temps favorable, un temps de salut. A condition, à condition que nous voyions – comme le disait Jésus dimanche dernier dans une de ses paraboles si connues – que nous voyions la poutre dans nos yeux. Cela, c’est aussi la seule possibilité pour aider notre prochain, pour être dans l’état où nous pourrons enlever la paille qui est dans ses yeux.

Penchons-nous un peu plus sur la poutre dans nos yeux, qui n’est peut-être pas plus que quelques pailles mais qui nous empêchent de bien voir notre comportement incorrect, et notre manque d’amour envers notre prochain qui en est la conséquence. Prenons comme guide de route les dix commandements que Dieu a donné à Moïse sur la montagne. Il y a parmi ces dix commandements,  des commandements très clairs comme le commandement de ne tuer pas, de ne porter pas de faux témoignage envers notre prochainet de ne voler personne. Je ne propose pas de les méditer aujourd’hui mais de nous pencher sur ces commandements qui veulent empêcher des comportements coupables plus subtils. Je propose de méditer premièrement sur la glorification – ou au moins le positivisme – vis-à-vis de l’enrichissement et deuxièmement sur le mépris envers ceux qui ne sont pas comme nous dans notre société.

D’abord quelques pensées sur l’envie très virulente dans notre société de gagner beaucoup d’argent, de devenir riche et sur la glorification des personnes qui ont un succès matériel. Le deuxième des dix commandements nous prescrit de ne pas avoir d’autres dieux que le Seigneur. Il me semble que dans la société actuelle l’argent est devenu dieu. Ceux qui ont beaucoup gagné, sont glorifiés et les histoires de décadence de certains riches sont présentées dans les médias comme modèles. Et sur un plan international : le monde occidental baigne dans la richesse, tandis que les autres trois quarts du monde vivent dans une pauvreté honteuse. Les réfugiés venant de ces pays sont refusés le plus possible, même quand ils risquent de se noyer dans la mer. Rappelons-nous ce que dit Dieu dans le livre du Lévitique :  « L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un israélite de souche, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte ». Et sur la richesse Jésus dit cette phrase si connue : « Ne vous faites pas de trésors sur la terre mais faites-vous des trésors dans le ciel». Ce ne sont pas des phrases qui sont appréciés dans le monde hors de l’église et peut-être même pas toujours au sein de l’église même.

Notre église a mis ces phrases en œuvre en nous proposant dans le temps de Carême le jeûne et l’abstinence et en donnant les fruits de cette attitude à ceux qui n’ ont pas assez. Nous épargnons de l’argent et avec celui-ci nous aidons notre prochain. Une bonne expression de cette attitude est l’Action Carême par laquelle nous récoltons des fonds pour soutenir des projets envers les plus  démunis dans le monde. J’attire votre attention en particulier sur le projet des Frères de St. Jean au Togo. Ils ont commencé, il y a trois ans, une série de projets pour former des jeunes sans emploi et sans formation pour qu’ils apprennent un métier, leur assurant une vie correcte sur place. Cela leur enlève le désir de fuir en Europe où leur vie ne sera jamais très agréable. Ce projet est soutenu par la paroisse néerlandaise de Wassenaar. J’ai proposé que notre paroisse francophone le soutienne aussi.

Quelque mots sur le deuxième point de méditation que je voulais vous proposer: le mépris dans notre société de ceux qui sont différents de nous. Dans mon homélie du dimanche 24 février, il y a dix jours, je vous ai parlé déjà sur ce thème qui met en question le comportement de beaucoup de personnes de juger ceux qui sont différents de nous. Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés, dit le Christ. Je vous ai proposé ce dimanche-là, àparticiper à un petit exercice d’amour chrétien, notamment d’approcher les personnes que nous rencontrons, comme des amis, comme des personnes qui ressemblent au Christ. Je vous ai invité à ne pas regarder leurs habits si différents, leurs comportements si différents, leur réactions si différentes. Je pense par exemple aux gens que nous rencontrons dans le centre-ville ou dans les transports publics qui sont si différents  de nous que nous nous demandons: vivons-nous sur la même planète? Eux aussi sont les amis du Christ. Qui connait le cœur des gens, dit la Bible, seulement Dieu. C’est pourquoi il est le seul qui peut nous juger. Et comme nous le savons, il juge avec amour et miséricorde. Je vous invite à répéter ce petit exercice pendant tout le temps de carême. Ne pas juger, approcher chacun et chacune que nous rencontrons comme une créature créée et aimée de Dieu. Pas facile mais certainement très salutaire. Et si nous n’y arrivons pas aujourd’hui, nous recommencerons demain. Comme disent les Bénédictins : nous ne sommes que des débutants : chaque jour nous tombons et chaque nouvelle journée nous recommençons. Avec l’aide du Christ.

Clôturons nos méditations de ce Mercredi des Cendres par l’appel de l’apôtre St. Paul que je vous ai évoqué au début de mon intervention: au nom du Christ laissez-vous réconcilier avec Dieu. Pour chaque fois que nous avons oublié dans l’année passée de le suivre en actes et en paroles, demandons pardon. Et nous recevrons tout-à-l ’heure les cendres comme signe de notre volonté de nous convertir. Quand le prêtre ou le diacre vous imposera les cendres, il vous rappellera cette intention en disant « convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle ». La bonne nouvelle que ceux qui tachent de suivre le Christ seront sauvés pour l’éternité. Maintenant c’est le moment favorable, maintenant c’est le jour du salut. Ne laissons-nous pas échapper cette chance.

Amen.

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