Année Jubilaire

Parcours spirituel : Octobre 2020 

Chers frères et soeurs, 

Que la paix et la joie du Christ soient avec vous et que le Seigneur vous comble de ses grâces en cette année jubilaire ! En ce début d’année pastorale et scolaire, qu’il nous bénisse, qu’il bénisse nos enfants qui ont repris le chemin de l’école, et éloigne de nous peurs et incertitudes que suscite la pandémie du Corona. 

C’est depuis 25 ans qu’existe notre communauté comme Paroisse de Tous les Saints de La Haye. C’est une occasion de célébrer et de rendre grâce à Dieu. Mais le plus important pour nous tous est que cet anniversaire nous offre l’opportunité de marquer un arrêt et d’évaluer le chemin parcouru jusqu’ici, de faire le bilan et de se projeter dans l’avenir. A cette étape de la vie de notre paroisse, nous devons nous demander individuellement et collectivement : quelle vie de foi avons-nous vécue en tant que communauté ? Quelle identité avons-nous forgée ? Quel type de communauté voulons-nous devenir demain ? C’est à cet égard que l’initiative du parcours spirituel est fort louable. Il y a lieu ici de remercier notre pasteur, le Père Pierrot, les membres du Conseil Paroissial et surtout Pierre et Alain, pour avoir lancé, soutenu et réalisé cette démarche de foi et de partage. 

Personnellement, je voudrais apporter ma modeste contribution à ce projet de partage fraternel en tant que membre engagé de cette communauté, et surtout en tant que musicien et chef de la chorale africaine, qui, du reste, fête cette année ses dix ans d’existence au sein de notre paroisse. Dix ans déjà ? Oui, cela fait dix ans, disons onze ans pour être plus exact, que cette chorale contribue à aider la communauté toute entière à prier par le chant. Durant ces dix années, la chorale africaine a été présente dans la vie de cette communauté par l’animation des messes dominicales, mais aussi par l’animation des célébrations de sacrements, dont les messes de mariage et de baptême spécialement sollicitées par certains membres de la communauté. Elle a aussi été sollicitée à chanter pour d’autres communautés interculturelles. 

Pour la petite histoire, mon engagement dans l’Eglise remonte à ma tendre enfance. Pour moi, c’est à travers la musique que j’ai décidé de servir mon Dieu, mes frères et mes soeurs. Ma contribution est une réflexion sur le sens et l’importance du chant dans la liturgie. Il y a une abondante littérature à ce propos. Je voudrais, à travers ces quelques lignes, partager avec vous 2 

mon expérience de l’animation au sein de la Paroisse de Tous les Saints. Cette réflexion se rapporte spécialement à l’approche africaine de la liturgie (du chant en particulier) et à la diversité telle que vécue au sein de notre paroisse. 

Si je devais faire le bilan de mon expérience d’animateur et responsable de la chorale africaine, je le résumerai en trois points qui correspondent à trois types de réactions des paroissiens : un accueil enthousiaste des animations de la chorale africaine ; une réaction de surprise et de scepticisme qui a évolué dans le temps vers l’acceptation et l’appréciation de l’approche africaine de la liturgie ; enfin l’incompréhension ou le rejet par certains de cette façon d’animer. 

En essayant de pousser la réflexion et de comprendre le ressenti de ceux qui apprécient peu la façon d’animer de la chorale africaine, j’ai décidé de jeter un regard rétrospectif et de me rappeler le ressenti que j’ai moi-même eu lorsque je suis allé pour la première fois à l’église en Europe. Je me souviens encore comme si c’était hier qu’après cette messe, j’ai beaucoup hésité à y retourner, tant j’avais été surpris par la « froideur » de la célébration et son caractère assez expéditif. Habitué aux célébrations pleines de chaleur de mon Burkina Faso natal, animées par des groupes composés de nombreux choristes, avec une musique rythmée par les tambours, des chants accompagnés de processions et des pas de danse, le choc pour moi était grand de me retrouver dans une église pour une messe solennelle où il y avait un chantre qui, seul devant son micro, faisait face à une assemblée passive qui participait très timidement. Des témoignages similaires ne sont pas rares dans les milieux des fidèles originaires d’Afrique ou d’autres continents où la liturgie est encore très participative. 

Confronté à ces réalités, parfois contradictoires, de l’expression de la foi commune, la question que l’on se pose, celle qui vient de façon spontanée et inéluctable, c’est la question du rapport entre la foi, ou du moins son expression à travers la liturgie, et la culture. En effet, dans le credo, nous professons notre foi en une église « catholique », c’est-à-dire universelle. L’Evangile s’adresse donc à tous les peuples et à toutes les cultures, sans exception. Cependant, chaque peuple ou chaque culture a sa manière propre de l’accueillir et de le vivre. Il s’ensuit donc que la manière d’exprimer sa foi, la manière de prier n’est pas un absolu universel. Car, de toute évidence, nous n’avons pas tous la même manière de dire et de faire les choses. Nous ne ressentons pas les choses de la même manière, ni avec la même intensité. Cette différence dans l’expression d’une même foi est l’essence même de l’Eglise. « La diversité liturgique peut être source d’enrichissement, elle peut aussi provoquer des tensions, des incompréhensions réciproques et même des 3 schismes. Dans ce domaine, il est clair que la diversité ne doit pas nuire à l’unité. Elle ne peut s’exprimer que dans la fidélité à la foi commune, aux signes sacramentels que l’Église a reçus du Christ, et à la communion hiérarchique. L’adaptation aux cultures exige une conversion du coeur… » (Catéchisme de l’Église Catholique n.1206) 

Nous formons une paroisse francophone, donc une communauté dont les membres ont en partage le français comme langue liturgique. Toutefois, cette communauté de langue n’est pas une communauté de culture. Nous venons tous d’horizons divers avec nos différences personnelles, sociales et culturelles. Mais nous nous retrouvons tous ensemble pour professer la même foi, dans le respect de la diversité de nos origines et de nos cultures. 

« L’Église, dans les domaines qui ne touchent pas la foi ou le bien de toute la communauté, ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique : bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples et elle les développe. (Sacrosanctum Concilium, n.37) 

Beaucoup de paroissiens, comme moi, sommes reconnaissants à cette paroisse qui cultive et pratique ce respect de la différence, de la diversité dans l’expression de la foi. C’est ce qui fait la force et la beauté de cette communauté, mais aussi un défi permanent à relever. Car si nous sommes toujours riches de nos différences, il faut aussi faire l’effort d’aller vers l’autre et de le comprendre. C’est en ce sens que s’exprimait le pape Jean-Paul II quand il affirmait que « la différence’, que certains trouvent si menaçante, peut devenir, grâce à un dialogue respectueux, la source d’une compréhension plus profonde du mystère de l’existence humaine » JEAN-PAUL II, Discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies, 5 octobre 1995, n° 10 

L’avenir de notre paroisse, l’avenir de l’église dans le monde est dans cette acceptation de la différence et de la diversité. C’est notre devoir de chrétien véritable d’y contribuer ensemble. Car « il faut faire en sorte que les personnes acceptent non seulement l’existence de la culture de l’autre mais souhaitent également en faire une source d’enrichissement », BENOIT XVI, Message à l’occasion de la journée d’études sur le dialogue entre cultures et religions, 3 décembre 2008. 

Pour conclure mon propos, je voudrais partager avec vous et vous inviter tous à chanter en choeur ou à l’unisson ce beau chant de notre Jubilé, composé par deux musiciens très renommés, les Abbés Barthélemy BINIA et Gérard ILUNGA. J’ai eu le privilège de travailler avec eux sur la composition de ce chant qui est fédérateur, un chant qui, de par sa simplicité, la gaité de l’air et ses paroles appelle à l’unité dans la diversité.

 Silvain Sana, La Haye, 3 Octobre 2020 

Téléchargez le pdf : Parcours spirituel- octobre 2020 – Paroisse de Tous les Saints

 

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