Homélie dimanche 9 septembre 2018

Nous sommes arrivés au début d’une nouvelle année pastorale. J’espère que vous vous êtes bien reposés lors de vos vacances d’été, car la nouvelle année va demander beaucoup. Mais cette nouvelle année va donner aussi beaucoup. Rappelons-nous que Jésus dit que Dieu nous rendra au centuple ce que nous faisons pour lui et pour ses œuvres. Ses œuvres c’est nous, les femmes et les hommes de cette terre et aussi la terre elle-même avec tout dessus. Dimanche prochain nous ouvrirons formellement la nouvelle année et vous verrez tout ce qu’il y a à faire dans notre paroisse. Et dans le monde hors de notre église. Mais aujourd’hui les textes bibliques nous donnent déjà un avant-gout de cette nouvelle année. Ou plutôt un mode de vie. Et en fait pour tout notre vie chrétienne. Cette mode de vie se résume dans le mot que Jésus dit dans l’évangile: Effata! Ouvre-toi! Il le dit au sourd-muet devant lui, dans le temps en Israël, mais aussi aujourd’hui ici dans cette église. Car dans un certain sens et sur certains moments de notre vie nous sommes tous sourds-muets ou au moins il y a un risque que nous le devenions. Je m’explique plus.

Commençons par une petite méditation sur la surdité. Dans le temps de l’évangile mais aussi dans notre temps il existent plusieurs sens de ce mot. Regardons d’abord le sens littéral. Peut-être pensez-vous ici en Europe occidentale, dans nos pays riches, que la surdité est plutôt quelque chose du passé. Mais si l’on ajoute les malentendants, il y a quand-même aux Pays-Bas 1,3 million de personnes qui n’entendent pas ou entendent mal. 1,3 million sur 17 millions de Néerlandais, c’est quand-même 7,6 %. Je suppose que les chiffres pour la France, la Belgique et les autres pays de  cette partie du monde sont plus ou moins les mêmes. Dans le Tiers Monde, les chiffres sont beaucoup plus hauts. Comme certains parmi vous le savent, mon épouse et moi avons monté un centre médical, il y a 8 ans, au Togo, pays de l’Afrique de l’Ouest. Dans ce centre nous avons commencé,  àun moment donné,  un centre d’audiologie et d’audioprothèsie, le seul dans le pays. Car le nombre d’enfants qui n’entendaient pas ou entendaient mal était au-dessus de 20% et pour les adultes les chiffres ne sont pas mieux. Dans tous les pays du Tiers Monde les chiffres sont plus ou moins pareils. Il faut se réaliser aussi que dans le Tiers Monde presque personne n’a un appareil auditif. Etre sourd veut dire que tu vis hors de la société, que tu n’es plus vu par la société, que tu es devenu une pénurie et que tes chances d’obtenir un travail et ainsi de survivre sont très limitées. Souvent on te reproche aussi que tu as « le mauvais œil », que le diable t’a touché.

Dans le temps de l’évangile la situation était semblable. Beaucoup de sourds, souvent aussi muets, qui vivaient hors de la société et qui étaient considérés comme pécheurs, sous l’emprise du mal et stigmatisés par leur handicap. Dans ce contexte, le prophète Isaïe prévoit que Dieu va se venger. Se venger sur le Mal qui a acquéri tant de pouvoir sur les gens, surtout les personnes en situation de handicap. Dieu viendra pour ouvrir les oreilles des sourds et les bouches des muets. Il va libérer tous ces gens qui vivent dans la solitude, dans l’angoisse et dans la pauvreté à cause de leurs maladies. Il faudra attendre encore au moins 600 ans avant que l’épisode de l’évangile, avant que le Libérateur, le Fils de Dieu arrive. Et Jésus remplira la promesse faite par Dieu proclamée par Isaïe : il ouvre les oreilles de l’homme sourd-muet et il le laisse de nouveau parler. Mis à part tout autre signification du mot « sourd » il ne faut jamais oublier que Dieu est le créateur de toute vie sur terre, que Dieu a créé l’homme et la femme et que désormais il peut guérir toute maladie, tout handicap, toute déficience. Mais il le fait dans son temps, à sa façon. A travers les médecins ou bien de façon miraculeuse. Ne cessons jamais de prier pour les malades, la première étape dans le processus de guérison.

Tournons-nous maintenant aux significations non-littérales de la surdité.  Ces significations étaient déjà connues dans le temps de l’évangile et certains exégètes disent que l’évangile d’aujourd’hui ne peut être lu que de cette façon. Le sourd-muet est dans leur interprétation quelqu’un qui n’entend pas et qui ne parle pas, car il a des problèmes psychiques. Il a été tellement battu, attaqué, critiqué qu’il est devenu sourd-muet. Ceci est entre autres l’interprétation du fameux Bénédictin Anselm Grün qui a écrit tant de livres et qui est lui-même psychothérapeute. Dans son livre sur les 50 images de Jésus il explique que Jésus, comme thérapeute de grande classe, commence le traitement en touchant tendrement le malade. Et il le provoque à retrouver sa propre force en brisant ses blocages intérieurs. Jésus lui montre le chemin vers la libération.

Quoi que soit l’interprétation du comportement de Jésus, le message clé des textes d’aujourd’hui est que Dieu viendra pour nous sauver, sauver de tout mal, maladie ou autre. Mais pour que nous puissions être sauvés, il faut que nous nous ouvrions. Effata, dit Jésus, à chacun et chacune de nous. Ouvrez-vous pour ma parole et pour mon amour. L’amour que vous trouverez lors de la célébration du sacrifice de mon corps et mon sang. Et dans la prière et l’adoration devant mon saint sacrement. Et dans la belle liturgie de l’église, mon église. Mais cet amour, vous le trouverez aussi dans la rencontre avec mes plus grands amis, les malades, les enfants, les prisonniers, ceux qui sont seuls, les personnes ayant un handicap. Dans leur visage vous me verrez resplendir. En se battant pour leur bonheur vous sentirez ma joie. En rendant le monde plus miséricordieux vous me verrez de plus en plus vous approcher. Terre et ciel se rapprocheront quand vous vous ouvrez. C’est pourquoi je dis à vous tous : effata, ouvrez-vous.

Cela nous fait retourner au point de départ de notre méditation, l’ouverture de l’année pastorale, dimanche prochain. Tous les aspects de la vie chrétienne pour lesquels Jésus nous demande de nous ouvrir, vous seront présentés dans les différentes activités de notre paroisse. Contemplation, action diaconale, liturgie, sacrements, études bibliques et tant d’autres. Avec l’énergie que vous avez acquérie lors de vos vacances, vous pourrez / nous pourrons nous mettre en route pour une nouvelle année.  Pour que l’eau jaillisse dans le désert de ce monde actuel, pour que le pays torride se change en lac, pour que Dieu puisse nous sauver. Cela, c’est notre mission, notre tâche sur terre. Que nous recevions la force de l’accomplir. Pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Amen.

 

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.