« Vous, soyez sans crainte !» (Mt 28,5.10)

Un travail de concordance a permis de compter jusqu’à 365 autant qu’il y a de jours dans l’année le nombre de fois où l’on retrouve dans la Bible l’expression « soyez sans crainte, n’ayez pas peur, ne soyez pas effrayé ».

Dans l’Ancien Testament, dès le livre de la Genèse, au moment de signer l’alliance avec Abraham notre père dans la foi, Dieu lui a donné cette assurance : « ne crains pas » (Gn 15,1).

A son tour, lorsque Josué s’apprêtait à prendre la succession de Moïse, il a entendu cette parole de réconfort : « ne crains pas» (Dt 31,8). Au jeune Isaïe appelé par le Seigneur et effrayé par l’immensité de la mission qui l’attendait, Dieu  dit sous forme de promesse : « ne crains rien » (Is 7,4). À Jérémie qui hésite à répondre à l’appel du Seigneur à cause de son bégayement, Il l’encourage  : « ne crains pas » (Jr 1,8). Ezéchiel aussi entend : « ne crains pas » (Ez 2,6).

Dans le Nouveau Testament, Jésus dit à Pierre, appelé à devenir pêcheur d’hommes : « sois sans crainte » (Lc 5,10). Dans une vision, Jean entend de la bouche du  Fils d’Homme lumineux  et glorieux : « ne crains pas » (Ap 1,17). S’adressant à l’apôtre Paul, le Seigneur utilise les mêmes mots : « sois sans crainte » (Ac 18,9 ; 27,24). À l’Annonciation, l’ange Gabriel apaise Marie bouleversée par ces mots : « sois sans crainte » (Lc 1,30), et à Joseph tenté de répudier sa Marie, l’ange du Seigneur apparait pour lui dire : « sois sans crainte » (Mt 1, 20). L’ange dit à Zacharie, effrayé par la grossesse de sa femme âgée, « sois sans crainte » (Lc 1,12). Au matin de Pâques, les premiers mots de l’ange aux femmes découragées par la mort de leur divin Maître sont : « vous, soyez sans crainte » (Mt 28,5) tout comme les premières paroles de Jésus ressuscité aux mêmes femmes : « soyez sans crainte » (Mt 28,10).

L’on peut se poser la question de savoir de qui et de quoi ces femmes auraient-elles peur au matin de Pâques? Craignaient-elles d’être arrêtées par ceux qui gardaient le cimetière ?  Etaient-elles effrayées à la vue du tombeau resté vide ? Etaient-elles impressionnées par la présence de l’ange qui avait l’aspect de l’éclair et était vêtu d’un vêtement blanc comme neige ? Pensaient-elles que ce qu’elles venaient de voir et d’entendre était une hallucination ? Imaginaient-elles que leur crédibilité serait mise en doute et que leur message serait rejeté par ceux qui le recevront ? … Il y avait sans doute pas mal de raisons d’avoir peur ce matin-là, cependant le message de l’ange relayé par le ressuscité lui-même est une invitation à vaincre et à chasser la peur qui pourrait constituer un handicap dans l’annonce de l’Evangile.

Pâques est une fête de la libération qui nous fait passer de la peur au courage, de la timidité à l’audace. C’est ainsi que Pierre  qui a eu peur devant une petite servante (Mt 26,69-74) trouve le courage de témoigner, allant jusqu’à déclarer devant les mêmes qui avaient exécuté son Maître : « mieux vaut obéir à Dieu, plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

Libérés de leurs frayeurs , les femmes tout comme les disciples ont désormais le courage et la force d’annoncer partout la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus. Plus rien ne les retient.

« Vous, soyez sans crainte ! » est un message d’apaisement, de réconfort et d’assurance. Comme ces femmes à qui l’ange et le Ressuscité s’adressent, nous nous craignons trop souvent que le témoignage de notre foi soit rejeté et jugé comme irrecevable. En même temps le monde actuel fait la part belle à de nombreuses peurs d’origine diverses, tels que la pandémie du corona virus, les nombreuses guerres et leurs flots de migrants, le changement climatique, les catastrophes naturelles, la crise mondiale, mais aussi la peur au sein de l’Eglise suite aux révélations sur les abus, le manque de foi, la désertion des fidèles, la réduction du nombre de prêtres,… Si nous croyons que Dieu est là pour nous sortir de tous ces tombeaux dans lesquels les différentes peurs nous ont renfermés, avec la résurrection de Jésus, nous n’avons plus aucune raison de céder au découragement et au désespoir. Laissez-moi vous dire que la Bonne Nouvelle de la résurrection de notre Seigneur Jésus Christ ne peut être véritablement proclamée et reçue que lorsque la peur est vaincue.

La Pâque de Jésus est notre Pâques car nous sommes ressuscités avec lui ; plus rien au monde ne peut nous renfermer dans la peur. Vivre pleinement Pâques, c’est être réellement ressuscités avec Jésus, en acceptant de se laisser transformer et devenir courageux et audacieux comme ces femmes et les disciples. Notre message de Pâques de cette année est un message d’encouragement pour tous ceux et celles qui n’osent pas encore s’affranchir en entendant l’appel du Christ : n’ayons plus jamais peur de ce qui peut arriver. Car tout prend un sens nouveau lorsque nous laissons le Christ prendre part dans notre vie, dans notre histoire.

Et vous, êtes-vous prêt à être porteur ou porteuse d’une telle bonne Nouvelle ? Etes-vous prêt à annoncer aux hommes et aux femmes que Christ est ressuscité ? Puisse chacun de nous arriver à vaincre les peurs qui nous emprisonnent, et que la lumière de Pâques illumine chacun de nous afin que nous accueillions avec un cœur plein de foi et d’espérance le message de la résurrection.

Je ne peux terminer ce message de Pâques sans mentionner votre générosité qui s’exprime à travers votre participation aux célébrations, vos actions bénévoles dans la conduite des activités, et  vos généreuses contributions à la quête et au denier du culte. Sans vous, il n’y aurait ni partage de la foi, ni communauté, ni paroisse. Merci de faire vivre la Paroisse de Tous les Saints.

À tous et à chacun de vous saintes et joyeuses Pâques !

Pierrot Blaise Mazono,Svd

Curé